A force de toujours intérioriser, il y a un moment où tout est obligé de sortir de ce trou noir sans fond qu'est mon esprit. Tout se bouscule dans ma tête: des souvenirs, des instants sans interêts qui restent quand même gravés. J'ai l'impression d'avoir mille ans et pourtant de n'avoir rien vécu, ou si peu. Bilan d'une courte vie qui semble heureuse, heureux ne serait pas le terme exact, plutôt illusoire, car tout est illusoire chez moi. Grande versatilité et double personnalité sans doute dûes à mon signe astral... Toujours est il que je ne sais jamais comment réagir, jamais coucher correctement mes pensées sur papier, ce que j'écrit est plat. Pourquoi ne suis-je pas capable de me comporter comme tout le monde? Pourquoi ne sais-je pas dévoiler mes vrais sentiments. Tout doit être contrôlé, rien n'est laissé au hasard. Chaque parole, chaque geste: je suis mon propre pantin. J'ai toujours peur d'être jugée, dévisagée, qu'on voit mes faiblesses. Je reste là en silence, disant des banalités, parfois ce que je pense vraiment. C'est ce "parfois" qui est comme le point d'une phrase trop vite écourtée.
Je l'ai revu et cela ne m'a rien fait, juste de l'angoisse avant de le voir. Et puis plus rien, je me suis ennuyée, je ne savais pas quoi dire, quoi faire. J'ai été nulle, une fois de plus. C'est pourtant pas compliqué d'être soi même, au moins une fois. D'avoir le courage de s'assumer tel que l'on est. De ne pas masquer son manque de confiance en soi derrière une façade toujours sur le point de craquer, de se laisser aller, d'arrêter de sembler inaccessible, intouchable, marchant droite, riant de tout et de rien, esperant avoir un sourire, un rire, de la tendresse. Arrêter de tout prendre sans se courber, d'être blessée profondement par des paroles en l'air, de ne pas dormir la nuit, être triste quand le soir tombe, de se réfugier dans les livres pour vivre comme par procuraiton, mais tout ceci n'est que pensée et non action. Suelques bribes jetées sur papier, et qui, quand elles seront relues, sembleront si niaises et fades.
Alors pourquoi continuer? Garder tout pour soi est malheureusement encore la meilleure solution en attendant quelque chose ou quelqu'un qui saura comprendre et ouvrir cette cage imaginaire si bien fermée et dont la clef reste encore à inventer...